Dodge, le constructeur américain qui a élevé le V8 HEMI au rang d’icône culturelle, se trouve à la croisée des chemins. Alors que la marque avait promis une révolution avec l’arrivée de la Charger Daytona SRT électrique, les dernières nouvelles de 2025 et 2026 révèlent un paysage bien plus complexe. Entre annonces fracassantes, concepts révolutionnaires et revirements stratégiques, plongeons dans l’histoire mouvementée de l’entrée des muscle cars dans l’ère électrique.
Sommaire
Le Concept Qui Avait Tout Changé : La Charger Daytona SRT
Tout a commencé en août 2022 lors de la « Dodge Speed Week ». La marque dévoilait alors un concept qui a fait l’effet d’une bombe : la Dodge Charger Daytona SRT Concept . Pour la première fois, Dodge présentait un muscle car 100 % électrique qui ne reniait rien de son héritage. Bien au contraire, le constructeur américain avait une mission claire : ne pas proposer un véhicule électrique ennuyeux .
Le cahier des charges était simple mais ambitieux : cette voiture devait « se conduire comme une Dodge, ressembler à une Dodge et sonner comme une Dodge » . Pour y parvenir, les ingénieurs ont doté ce concept d’une architecture 800 volts baptisée Banshee, promettant des performances supérieures à celles du mythique Hellcat V8 dans tous les domaines clés . La transmission intégrale de série devait permettre d’exploiter cette puissance phénoménale, estimée à près de 1000 chevaux .
Un Design Néo-Rétro qui Rend Hommage au Passé

Visuellement, la Charger Daytona SRT Concept est un tour de force stylistique. Les designers ont puisé leur inspiration dans la Charger de 1968, considérée comme l’une des plus belles de l’histoire . Les lignes tendues, les flancs lisses et la silhouette générale évoquent immédiatement l’âge d’or des muscle cars américains.
Mais le véritable génie réside dans les détails modernes. À l’avant, on découvre le R-Wing, un élément aérodynamique unique qui permet à l’air de traverser le capot pour générer de l’appui . Ce dispositif rend hommage à l’aileron de la Charger Daytona de 1969-1970, la première voiture de NASCAR à dépasser les 200 mph (322 km/h) .
Le légendaire logo Fratzog, utilisé par Dodge entre 1962 et 1976, fait son grand retour sous forme lumineuse, symbolisant l’entrée dans l’ère électrique tout en puisant dans l’héritage de la marque . À l’arrière, un hayon et des sièges rabattables offrent un espace de chargement inédit pour un muscle car, prouvant que performance et praticité peuvent faire bon ménage . Pour en savoir plus, visitez cette page.
L’Art de Créer l’Illusion : Son et Boîte de Vitesses
Le défi le plus relevé pour Dodge était de recréer les sensations d’un muscle car thermique avec une motorisation électrique. Le silence des voitures électriques ne correspondait pas à l’ADN de la marque. La solution ? Le système Fratzonic Chambered Exhaust, une première mondiale .
Ce système innovant utilise un amplificateur et une chambre de résonance placés à l’arrière du véhicule pour générer un rugissement atteignant 126 décibels, soit l’équivalent du bruit d’un Hellcat V8 . Ce « profil sonore Dark Matter » évolue en fonction de l’accélération et des changements de vitesse, créant une expérience auditive viscérale .
Car oui, la Charger Daytona SRT dispose d’une vraie-fausse boîte de vitesses ! Baptisée eRupt, cette transmission à plusieurs rapports utilise un système électromécanique pour créer des « ruptures de charge » qui poussent les occupants dans leurs sièges, reproduisant les sensations d’une boîte traditionnelle . Combiné au bouton PowerShot sur le volant, qui délivre un surplus de puissance pendant quelques secondes, l’ensemble promet une expérience de conduite unique .
Le Rêve S’effondre : La Banshee Abandonnée
Mais nous voici en 2026, et le paysage a radicalement changé. Selon plusieurs sources concordantes, Stellantis aurait mis fin au développement de la Dodge Charger Daytona SRT Banshee, la version 800 volts qui devait incarner le summum de la performance électrique .
L’information, rapportée initialement par Mopar Insiders et confirmée par les fournisseurs du groupe, indique que le constructeur a décidé de recentrer sa stratégie sur les motorisations thermiques . Le V8 HEMI fait son retour sur le RAM 1500 dès 2026, le Dodge Durango reste exclusivement thermique aux États-Unis, et le Jeep Wrangler Rubicon 392 conserve son V8 6.4 litres .
Même le site officiel de Dodge a été modifié : le terme « électrique » a pratiquement disparu, remplacé par le mot plus vague « électrifié ». Les versions thermiques à six cylindres en ligne Hurricane (les Charger Sixpack) sont désormais mises en avant, tandis que les versions électriques ne sont presque plus mentionnées .
Les Raisons d’un Revirement Stratégique
Comment expliquer ce volte-face spectaculaire ? Plusieurs facteurs entrent en jeu. Le marché américain des véhicules électriques connaît un net ralentissement depuis fin 2024. Les stocks s’accumulent, les prix chutent, et même les géants comme Ford ou General Motors réduisent leurs ambitions initiales .
Le contexte politique américain joue également un rôle majeur. La nouvelle administration se montre moins favorable aux véhicules électriques, ce qui a incité Stellantis à revoir sa copie pour « s’aligner avec la demande des consommateurs » . Le retour annoncé de la division SRT (Street and Racing Technology) confirme cette orientation : la performance passera d’abord par le thermique .
Enfin, la base de fans de Dodge n’a jamais caché sa méfiance, voire son hostilité, envers l’électrification, perçue comme une « trahison » de l’ADN de la marque . Face à cette pression, Stellantis a choisi de miser sur ce qui fonctionne encore aujourd’hui : les moteurs thermiques surpuissants.
Un Avenir Incertain pour la Charger Daytona Électrique
Alors, que reste-t-il du rêve électrique de Dodge ? Officiellement, Stellantis ne confirme pas la fin définitive du programme. La marque évoque une révision de sa stratégie produit et promet de continuer à proposer des « options de groupes motopropulseurs flexibles » .
La version Scat Pack de la Charger Daytona (400 volts, 670 chevaux) serait toujours en développement, après la disparition du modèle d’entrée de gamme R/T . Cette version, qui propose un 0 à 100 km/h abattu en 3,3 secondes et le quart de mile en 11,5 secondes, pourrait donc voir le jour . Mais la vitrine technologique, la Banshee 800 volts, semble bien appartenir au passé.
